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ARCHIVE

 

         Le projet «Archive» est indirectement né de l’expérience de mon arrivée à Bruxelles. Comme étrangère récemment arrivée dans une ville inconnue j’ai malgré moi collectionné les plans que les gens me faisaient sur des bouts de papier pour m’indiquer le chemin. Peu à peu, je me suis aperçue de combien ce langage « schématique » était universel, tout en étant particulier, spécifique et individuel.
L’originalité et la richesse plastique de ces esquisses dépourvues de toute prétention artistique ont donc fini par forcer la porte de mon travail. Je les ai insérées dans mes expériences avec les tissus et le papier mâché qui faisaient déjà partie de mon lexique pictural. Ce travail constitue, en tant que recherche, une carte émotionnelle et affective de mon parcours en Belgique.
Je définis «Archive» comme la topographie de mes pas en Belgique ainsi que la carte des souvenirs d’un passé géographiquement laissé derrière.

« Archive » est ainsi un projet d’œuvres plastiques qui s’axe autour d’un thème : la mémoire, et d’un matériau : le papier. La réalisation des œuvres utilise, dans tous les cas, des techniques mixtes mélangeant différentes techniques de travail du papier (modelage, remodelage, moulage, insertion…), mais aussi de la peinture à l’huile sur différents supports, le dessin, ainsi que différentes techniques utilisées en tapisserie contemporaine (dentelles, coutures, tissus divers…).  Archive, est finalement, le fruit du travail conjoint de Sonia Aniceto et Jacques Urbanska.
Notre travail commun commence par une collaboration sous forme de regard critique extérieur et apport de vécu, se transformant doucement en colaboration plus directe.

 

La mémoire souvenir

« …Un intérêt de voyeur… Ce n’est pas seulement ma mémoire qui m’intéresse, mais aussi et plutôt la mémoire qui reste d’un monde qui m’entoure de partout, les histoires qui se sont inscrites sur chaque bout de papier qui traîne, sur chaque usure d’un pavé sur lequel je marche... et plus encore, toutes les histoires que l’on peut inventer à partir de là, de ce qui reste de la mémoire : les traces de mémoires. Lorsque je regarde le passé qui s’offre à mes yeux, avec la conscience profonde et évidente qu’il a un jour été le présent et le futur qui me sont semblables, il se crée alors une distorsion de ma réalité, une série d’histoires, décontextualisées dans un premier temps, se créent dans mon imaginaire, mais, très vite, elles sont comme assimilées et  liées à mon présent et passé propre… »

Même si chaque œuvre a, bien entendu, son histoire et son thème particulier, «Archive» repose sur un thème principal qui relie toutes les œuvres : la mémoire.
Le thème de la «mémoire» est, ici, pris dans le sens du souvenir que nous a laissé notre parcours. Les traces et les résidus qui ne sont plus la réalité d’alors mais une réalité « fictionnée », qui constitue notre présent. La mémoire représente pour nous  ce qui reste (existe) de notre regard sur ce qui nous entoure et sur ce qui nous habite.
La mémoire est le prisme au travers duquel j’envisage l’œuvre artistique et au travers duquel elle se réalise.

De cette exploration de la mémoire surgissent quatre éléments qui se retrouvent tout au long de ces œuvres

Le papier 
Le papier est entré dans mon travail depuis 1997. Dans un premier temps je l’ai inclu dans mes peintures sous forme de texture.

Dans « Archive », le papier est utilisé comme matériau et support principal. Le papier, en tant que matière première transformable, porteuse d’une particularitéd’agglutination d’expériences et de matières, assimilatrice des mémoires et des vécus ne pourrait mieux servir cette voie de recherche.

La peinture 

 Le travail de peinture nourrit le projet «Archive» et vice-versa. Il est évident que l’insertion de la peinture (et du dessin) dans « Archive » se soit faite naturellement. Il ne s’agit pas ici d’un rajout ou d’un collage, la peinture naît du papier, et les papiers naissent de la peinture.

Les matières textiles
 L’utilisation des fils dans mon travail n’est fortuite ni accidentelle puisque j’ai une formation en tapisserie depuis ma troisième année de faculté. Mon parcours dans cette formation n’a jamais été « classique » étant donné que mon intérêt premier était l’énorme richesse des nouvelles techniques utilisées dans cette branche. Ainsi ma recherche s’est dirigée vers différents matériaux : tissus, fibres textiles travaillés avec des résines et vernis sur une base tramée de fils entrelacés et qui visent un jeu de transparence. L’exposition  « Tramas »,  réalisée en Juillet 1999 au Palais National de Queluz, est née de cette recherche.
Poussée par le besoin et l’envie de spécialisation technique et théorique sur la connaissance des matériaux textiles, j’ai décidé de faire le programme Erasmus dans l’atelier de tapisserie à l’Académie Royal de Beaux Arts de Brussel, ville connue pour son passé de tradition historique dans ce domaine.

Dans «Archive», le tissu est utilisé à plusieurs niveaux : en tant qu’adjuvant de la matière de base (décomposition et recomposition) ; en tant que liant, et comme représentation de la tradition et de la mémoire des savoirs ancestraux. 

Du fil aux  cartes et vice versa
Dessiner avec des lignes cousues s’inscrit dans un besoin ancestral d’entrelacer, de lier et d’attacher. Cela à toujours été un des points d’étude de mon travail.
Selon moi, les cartes sont des images virtuelles, des lignes qui lient des points. Ces points sont des nœuds, lieux de croisement, de direction qui se rejoignent, ce sont aussi des lieux physiques et émotionnels, des points remarquables de mémoire individuelle et collective. Les cartes sont des lieux abstraits de fiction. Elles forment aussi des schémas, eux mêmes symboliques des liaisons entre des lieux/états/situations.

 

Pour finir, «Archive» est le carnet de bord qui accompagne mes recherches plastiques depuis l’année 2000.